Contexte stratégique et justification
Contexte national et sectoriel
Eléments clés de la stratégie de réduction de la pauvreté au Sénégal. La Stratégie de Réduction de la Pauvreté du Sénégal (DSRP, 2002-2005) repose sur la création de richesses, le renforcement des capacités, les services sociaux et l’aide aux groupes les plus vulnérables. Au Sénégal, la pauvreté affecte beaucoup plus le milieu rural que le milieu urbain. La pauvreté touche entre 72 à 88% de la population en milieu rural contre 44 à 59% en milieu urbain. Compte tenu de l’importance de la pauvreté en milieu rural, le DSRP du Sénégal considère le développement rural comme un moteur important de la croissance partagée. Ce document souligne la nécessité de la modernisation et de l’intensification de l’agriculture, en proposant des solutions telles que l’utilisation accrue des nouvelles technologies, le renforcement de l’accès aux intrants et équipements agricoles, le développement de la formation agricole et des services agricoles et l’appui aux organisations de producteurs.
Problèmes et contraintes clés relatives au développement rural. La récente croissance économique relativement solide du Sénégal a profité à peine aux zones rurales où vivent 58% de la population. La part du secteur primaire dans le PIB a baissé de 25% au début des années 60, de moins 20% en 2000, le secteur agricole chutant de 16% à moins de 10% du PIB sur la même période. Néanmoins, 70% de la population rurale tirent leurs moyens de subsistance de l’agriculture, qui reste largement dominée par les petits producteurs pratiquant l’agriculture pluviale et l’élevage intensif. La sécurité alimentaire et les revenus des populations rurales reposent essentiellement sur le mil et l’arachide, qui couvrent respectivement 38% 37% des surfaces cultivées. La culture de l’arachide est pratiquée par 700 000 exploitations familiales. Pour ces dernières, elle représente la principale source de revenu (environ 81 milliards de FCFA en 2001) et contribue de manière considérable à la sécurité alimentaire (30% de la production arachidière des producteurs est destinée à leur consommation). La stagnation de la productivité agricole constitue l’une des contraintes majeures de la croissance agricole et l’une des principales causes de la paupérisation croissante des producteurs. Parmi les causes fondamentales figurent l’accès limité aux connaissances, aux intrants et aux fonds de roulement, la dégradation de la fertilité des sols, la baisse de la qualité des stocks de semences, la diversification et l’intensification limitées et, tout récemment, les réponses inadéquates apportées par les services agricoles pour résoudre ces problèmes. L’inégalité entre les sexes au niveau de l’accès et du contrôle des facteurs de production représente également une cause importante.
Actions menées par le pays pour résoudre les problèmes et lever les contraintes. Le gouvernement s’est fortement engagé à soutenir le développement rural et le secteur agricole avec l’appui de ses partenaires au développement parmi lesquels la Banque Mondiale et le FIDA. Un ensemble de réformes sectorielles portées par la Lettre de Politique de Développement Institutionnel du Secteur Agricole (1999), ont été mises en œuvre avec l’appui de la première phase du Programme des Services Agricoles et Organisations de Producteurs (PSAOP) financé par la Banque. La nouvelle Loi d’Orientation Agro-Sylvo-Pastorale (LOASP), adoptée en juin 2004, décrit la vision du pays sur la modernisation du secteur primaire sur les 20 prochaines années. La LOASP constitue également le principal cadre réglementaire pour le programme proposé. Elle se fonde en grande partie sur les principes inspirés de la première phase du PSAOP : désengagement du secteur public des activités productives et commerciales, déconcentration du personnel sectoriel, financement durable de services agricoles régis par la demande, habilitation des organisations de producteurs, financement des activités de recherche sur la base de la concurrence. En outre, le Sénégal a adopté en mai 2003 une Lettre de Politique de Développement de la Filière Arachidière (LP‑DFA). La LP‑DFA vise à développer le potentiel du sous-secteur arachidier via la participation accrue du secteur privé, l’augmentation de la productivité, l’amélioration des stocks de semences d’arachide, la gestion de la qualité et le renforcement du cadre réglementaire. La mise en œuvre de la LP‑DFA de la stratégie de reconstitution du capital semencier est en retard et nécessite l’appui spécifique des bailleurs de fonds.
Justification de l’intervention de la Banque
La Banque a mené le dialogue politique sur le secteur agricole depuis les programmes d’ajustement structurel des années 90. Le PSAOP a contribué à l’élaboration des réformes sectorielles dont la mise en œuvre nécessite un appui à moyen terme, comme prévu à l’origine dans le présent Prêt-programme évolutif (APL). La Banque dispose d’un avantage comparatif dans le soutien apporté à cette opération en raison de son implication long terme dans le dialogue politique sectoriel et dans la première phase du programme au Sénégal.
La deuxième phase du PSAOP (PSAOP2), inscrite dans la Stratégie d’Assistance-Pays (CAS) en cours (2003) est un instrument clé pour la lutte contre la pauvreté en milieu rural et la modernisation du secteur agricole. Le PSAOP1 a pris en charge l’établissement des bases institutionnelles pour une intervention plus efficace dans le secteur agricole et a établi un réseau d’organisations de producteurs et de services de conseil agricole et rural dans 144 des 320 communautés rurales du Sénégal. Le PSAOP2 élargira ce réseau à toutes les zones rurales, facilitant ainsi l’accès des producteurs aux services agricoles et aux connaissances, avec comme objectifs ultimes l’augmentation de la productivité et de la diversité agricoles, la stabilisation de la production et le renforcement de la sécurité alimentaire des ménages, tout en satisfaisant de manière équitable les besoins des différentes couches de la population rurale.
En outre, grâce au PSAOP2, la Banque complétera son portefeuille rural au Sénégal, identifié dans le CAS, et qui inclut le Projet de Développement des Marchés Agricoles (PDMAS), le Projet de lutte d’urgence contre les criquets en Afrique (AELP), le Projet de Gestion intégrée des ressources marines et côtières (GIRMaC) et le prochain Projet de Développement local et participatif (PLDP). Le projet créera des synergies particulières avec le PLDP et le PDMAS. Le PLDP prend en charge le programme de décentralisation et renforce les infrastructures rurales, les organisations communautaires et les services sociaux. Le PDMAS appuie les opérateurs économiques impliqués dans les chaînes de distribution agricole, depuis les producteurs jusqu’aux exportateurs. Le PSAOP2, le PDMAS et le PLDP s’intègrent parfaitement sans se chevaucher. Ils visent des acteurs différents de l’espace rural (organisations de producteurs, producteurs et exportateurs spécialisés, autorités locales et organisations communautaires, respectivement) et des activités différentes (services agricoles, marchés d’exportation, services socioéconomiques et infrastructures, respectivement). De manière plus spécifique, ces trois projets développeront des activités de renforcement mutuel, comme indiqué dans les paragraphes suivants (voir aussi annexe 2).
Le PSAOP ciblera les organisations de producteurs, les départements ministériels, les instituts de recherche agricole et les services de conseil agricole. Il appuiera l’émergence de fournisseurs de services agricoles spécialisés pouvant contribuer à l’appui des activités du PDMAS. Le PSAOP renforcera les capacités techniques et organisationnelles des producteurs dans la réalisation d’activités économiques pouvant être éligibles –et mis à l’échelle‑ dans le cadre de l’appui du PDMAS. Le PDMAS, à son tour, ciblera les filières agricoles qualifiées pour les marchés, mettra l’accent sur des régions et produits agricoles spécifiques et fournira une assistance pour la mise en œuvre d’approches et d’activités prometteuses pouvant être testées par le PSAOP avec les organisations de producteurs.
Le PLDP visera les communautés et administrations locales démunies. Il permettra de renforcer la planification et le développement local participatifs et fournira des ressources pour la promotion d’initiatives économiques locales. Ces activités permettront de soutenir celles du Cadre Local de Consultation des Organisations de Producteurs (CLCOP) appuyées par le PSAOP. Les infrastructures économiques appuyées par le Fonds d’Investissement local (FIL) du PLDP permettront d’améliorer les conditions de vie et de travail des communautés et offriront un meilleur accès aux marchés, augmentant ainsi les opportunités économiques des communautés rurales. Le FIL appuiera la fourniture de services consultatifs en milieu rural et sa mise en oeuvre sera étroitement coordonnée avec les activités développées par le PSAOP2, notamment par le biais d’une participation active des CLCOP aux décisions relatives à la sélection des activités à financer par le FIL.
Le PSAOP2 sera un instrument majeur dans l’appui à la mise en oeuvre de la LP‑DFA sur le terrain. Le PSAOP1 a piloté des expériences remarquables sur la production d’arachides de qualité et l’amélioration du niveau et de la qualité des stocks de semences au niveau communautaire. Ces activités, qui ont permis d’améliorer la productivité et d’augmenter les prix de vente pour les producteurs, seront renouvelées et développées dans le cadre du PSAOP2, avec l’implication de toutes les parties prenantes du secteur (ministère, instituts de recherche, services de conseil agricoles, organisations de producteurs et communautés). Les expériences efficientes seront généralisées dans d’autres programmes (notamment le PDMAS et le prochain programme de la Commission européenne pour l’appui à la filière arachidière).
Enfin, le PSAOP2 soutient la mise en œuvre du Plan d’Action de la Banque mondiale pour l’Afrique (AAP), septembre 2005) au Sénégal. Le PSAOP appuiera la mise en œuvre de l’objectif de l’AA « Moteurs de croissance : renforcer l’agriculture », en ce sens qu’il soutient la recherche et l’innovation en matière agricole, l’amélioration des méthodes agricoles, la productivité accrue, l’accès des personnes démunies aux marchés, ainsi que le renforcement des capacités des secteurs public et privé pour la compétitivité dans ce domaine. Etant cofinancé pari passu avec le FIDA, le PSAOP2 trouve également sa pertinence dans l’action AA « Renforcer l’impact des partenariats » dans la mesure où il permettra l’alignement des bailleurs et l’harmonisation des procédures et pratiques.
L’engagement du pays s’illustre par sa détermination à mettre en œuvre les réformes institutionnelles dans le secteur et sa volonté de placer le secteur agricole au cœur de sa stratégie de développement. La preuve de cet engagement s’est matérialisée par l’adoption de la LOASP, la réduction de la part de l’Etat dans l’ANCAR à moins de 50%, l’affectation de fonds au budget national 2006 pour le compte du Fonds national de développement agro-sylvo-pastoral, ainsi que le co-financement substantiel du PSAOP2. Etant donné que le PSAOP a atteint ses objectifs de développement et satisfait les déclencheurs permettant de passer à la deuxième phase, le Sénégal a demandé à la Banque de soutenir la Phase 2 de l’APL.
Objectifs de rang supérieur auxquels contribue le projet
Le projet est totalement en phase avec les stratégies sectorielles du pays à l’élaboration desquelles il a contribué. Il contribue à l’objectif de l’Emprunteur qui est la réduction de la pauvreté et la croissance économique en milieu rural via l’augmentation de la productivité agricole, de la production, des revenus et de la sécurité alimentaire des petits producteurs. Il appuie tout particulièrement l’application de la Loi sur le secteur agricole et la mise en œuvre de la LP‑DFA.
Le projet constitue également un élément central de la Stratégie d’assistance pays (SAP) de la Banque mondiale pour la période 2003-05. Les domaines couverts par le projet (productivité et diversité agricoles, services agricoles, politique de développement rural, appui aux organisations de producteurs) sont au cœur du DSRP. Le gouvernement doit en principe finaliser le nouveau DSRP (DSRP2) vers le milieu de l’année 2006. Le DRSP2 constituera la base de la prochaine SAP, actuellement en cours de préparation, qui couvre la période 2007-10. La nouvelle SAP devrait s’articuler autour de trois axes principaux : (i) renforcement des moteurs de croissance ; (ii) développement des ressources humaines ; et (iii) synergies rurales et urbaines.
En jetant les bases d’une croissance durable de la productivité et de la production agricoles, le projet permettra d’améliorer les revenus agricoles et la sécurité alimentaire, apportant ainsi sa contribution aux Objectifs du Millénaire pour le Développement relatifs à l’éradication de la pauvreté extrême et de la faim.